Mon corps, mon cher corps …
Mon corps, mon cher corps …
_ Ce corps si pur, sait-il qu’il me puisse séduire ?
De quelle profondeur songes-tu de m’instruire,
Habitant de l’abîme, hôte si précieux
D’un ciel sombre ici-bas précipité des cieux ? …
O le frais ornement de ma triste tendance
Qu’un sourire si proche, et plein de confidence,
Et qui prête à ma lèvre une ombre de danger
Jusqu’à me faire craindre un désir étranger !
Quel souffle vient à l’onde offrir ta froide rose ! …
J’aime… J’aime !… Et qui donc peut aimer autre chose
Que soi-même ?…
Toi seul, ô mon corps, mon cher corps,
Je t’aime, unique objet qui me défend des morts.
Paul Valéry, "Fragments du Narcisse III", in Poésies, nrf
